Oct 2017

Critique Djam La Revue

Marc BuronfosseÆGN

Grandeur et servitudes d’une vie de contrebassiste. Plaisirs et déplaisirs aussi. Il écrit ça avec une pointe d’humour mais il n’en pense pas moins, le chroniqueur Francis Marmande, qui est aussi à ses heures perdues contrebassiste devant l’éternel et surtout soliste devant son ficus au cœur de la nuit : le contrebassiste joue d’un instrument qui a la voix de papa et le corps de maman. Tout ça permet de régler bien des complexes intérieurs. Mais il reste les servitudes : un contrebassiste se trimballe un instrument volumineux, bien encombrant pour les voyages en voiture ou en train et je ne parle pas des voyages en avion. Par contre, l’avantage qu’il offre, c’est la chance d’être fort sollicité puisqu’il peut se fondre sans heurts au sein de formations  les plus diverses et qu’il s’adapte à tous genres de musiques – du classique à la folk music en passant par le jazz (et à tous les styles du jazz).
Si l’on en croit le parcours de Marc Buronfosse - puisque c’est lui qu’on doit évoquer et non Marmande - on retient qu’il a étudié l’instrument auprès d’un soliste de l’Opéra de Paris, qu’il a croisé le chemin de pédagogues dénommés Césarius Alvim, Henri Texier, Charlie Haden, Reggie Workman, Gary Peacock, Marc Johnson ou Mark Dresser (excusez du peu). C’est clair, de telles références ouvrent des horizons et des portes professionnelles. Ainsi, Buronfosse a joué au sein d’orchestres symphoniques (Opéra de Paris), de diverses musiques de chambre (Solistes de Versailles) et a pu rejoindre le fond de la scène, caché derrière le pianiste, pour accompagner des pointures comme Jimmy Cobb, Steve Kühn, John Abercrombie, Lew Soloff, Bojan Z et même le septet du guitariste et compositeur inclassable : René Aubry.
Mais vient un temps où il faut dire adieu à la voix de papa et quitter les jupes de maman. Comme pour se créer une nouvelle virginité. Donc, Marc Buronfosse a laissé de côté le bois de sa contrebasse pour la rondeur de la Fender VI pour entreprendre un voyage onirique en Grèce, pays pour lequel il semble s’être pris de passion (il est le directeur artistique, depuis 2011, du Jazz In Paros Festival, rebaptisé désormais Mediterranean Artists Masters) au point d’y enregistrer son dernier album.
En référence obligée à Homère, c’est une sorte de Voyage à Ithaque, entre transes et chimères électroniques ; comme un voyage initiatique mais fort loin d’une Grèce fantasmée. Somme toute, malgré une écoute initiale secouée par les tempos binaires et les effets électroniques surchargés, il se passe quelque chose. On se sent un peu Ulysse porté par des courants marins et dérivant d’esquif en esquif, d’île en île.
Le line–up associe musiciens grecs et français (chaque membre du quintet va aussi taquiner les effets électroniques) : Andreas Polyzogopoulos (trompettiste à la superbe sonorité ronde), Marc-Antoine Perrio (guitare électrique), Stéphane Tsapis (keyboards), Arnaud Biscay (batterie et percussions) et Marc Buronfosse en leader (Fender VI). Le quintet fait appel à des invités : Spiros Balios (voix et violon, belle intervention sur «Thauma»), Jean-Philippe Carlot (voix dans le style parlé-chanté porteuse d’une dimension tragique sur «Ithaki»), Jean Charles Richard (parfait au sax soprano sur «A Tribe Called Davis», de la plume de Marc Buronfosse et qui ne peut être qu’un hommage au grand Miles dernière période).

Djam La Revue